Hadj Bouchaïb Falaki et l’histoire qui perpétue nos coutumes et traditions

Écrit par : Hadj Abdelmajid Nejdi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La galerie 104 à El Jadida, accueillera, du 16 au 30 Novembre 2017, l'exposition des dernières œuvres de l'artiste-peintre Hadj Bouchaïb Falaki sous forme de petits formats. Le vernissage aura lieu le jeudi 16 Novembre 2017 à 18h30, à la galerie 104, avenue Mohammed V, à El Jadida.

Créativité et imagination

Né à El Jadida en 1943, l'artiste-peintre, Hadj Bouchaïb Falaki a su développer un style particulier qui lui permit de figurer en bonne place dans la grande histoire de l'art marocain. En quête permanente de vérité, il fouille avec ses pinceaux la réalité de personnages appartenant au " petit peuple". Ainsi sont évoquées des scènes qui racontent une histoire qui perpétue nos coutumes et traditions. Mais, il y a aussi, dans d'autres œuvres de Falaki, des scènes qui ne racontent pas vraiment d'histoires, et qui peuvent légitimement susciter diverses interprétations où les dimensions allégorique, symbolique, morale ou sociale peuvent faire sens…

La question principale tourne autour de l'imbrication de la part du réalisme et de celle de l'imaginaire dont les sources semblent issues du savoir-faire de Falaki. Depuis sa plus tendre enfance, Falaki peint, dessine dès que le temps lui permet d'exercer sa passion. Ne voulant pas tomber dans la peinture académique des beaux arts, notre artiste a appris par lui-même la peinture. De tempérament très positive et aimant aller de l'avant, Falaki aime travailler sur des thèmes. Cela peut lui prendre plusieurs mois, plusieurs années. Et, même si son amour et sa fascination pour la vie paisible de la campagne et le charme des anciennes villes marocaines et qui sont sources constantes de défis et d'inspiration à ses œuvres, notre artiste opte pour la créativité et l'imagination qui sont ses mots fétiches. Sa raison de vivre, dans ses toiles, domine l'harmonie et la quiétude .Ses œuvres ne laissent personne indifférent. Il a su dans ses tableaux dégager l'essence de la vie quotidienne des habitants de la ville marocaine ancienne, du monde rural et du sud marocain. C'est pourquoi pour lui, se ressourcer de temps en temps en plein cœur des Ksours du Sud et les villes impériales qui symbolisent l'authenticité de la civilisation et l'histoire du Maroc, est sa raison de vivre. Car, c'est au sein de cette nature paradisiaque que Hadj Bouchaïb Falaki puise ses idées, découvrant au hasard de ses balades, tous ces petits coins de rêve que l'artiste aimerait partager avec tout le monde. La vallée de Darâa, ses méandres et ses falaises, mais aussi les rivières, tous ces villages, sont prétexte à nombre de toiles. Par delà sa peinture, d'une facture certes traditionnelle, c'est vers " la poésie du quotidien" que tend son expression. Ainsi, comme nul autre pareil à ce jour, il a su saisir l'âme de ce pays, dégager l'essence de la vie quotidienne de ses habitants et en percer le cœur. Non pas exposer tous les faits, à la manière de l'ethnologue, mais dégager son essence, à travers une revue de ses principaux héros et héroïnes : le vanneur, la fileuse, la tisseuse, le coiffeur, le marchand des nattes,… La touche de Falaki, au-delà de toutes ses différences (de motif, de style, de technique,..), affirme très clairement la manière grandeur de ses œuvres. Prenez par exemple le tableau de mausolée. La scène se passe dans une campagne, des personnages accroupis sont présents. Le temps est comme suspendu. Et même s'ils sont ensembles, ils semblent être seuls. Chacun avec ses soucis et ses histoires qu'il ne souhaite pas dévoiler. Ce mausolée pourrait être un refuge pour toutes ces âmes perdues, mais il ne vit pas, la vie est comme arrêtée. Falaki c'est aussi ses scènes de rues populaires dans lesquelles, les gens sont proches physiquement et ils semblent tellement isolés. Falaki peint des personnages très joyeux  comme le tableau où il semble" voler" le beau sourire d'une femme voilée. Mais il peint aussi d'autres personnages tristes, qui semblent être anéantis par leurs émotions. Il peint le Maroc à tel point que nous nous croyons en voyage sur un tapis volant. En plus, la beauté féminine, la magnificence de la nature et des scènes de la vie quotidienne offrent les saisissants contrastes d'un univers qui oscillent entre la truculence des plaisirs et la fugacité de l'existence. L'utilisation de la lumière et des couleurs exerce une certaine fascination qui évolue dans chaque touche de ses œuvres. Car, à travers sa peinture, l'artiste sensibilise le spectateur à la beauté de la nature. Ses œuvres servent de dialogue entre la réalité et une visibilité presque parfaite où les couleurs et l'émotion sont à fleurs de peau.

La vision" falakienne"

D'autre part, les représentations de la réalité quotidienne sont relatées, interrogées de bien diverses manières: représentation des métiers mettant en évidence les valeurs morales, l'intérêt au monde de la rue (joueurs de cartes, conteurs,...), les scènes de la vie quotidienne (jeune fille du four traditionnel, marchand de poissons). Tous ces personnages semblent chargés d'un message moral qui s'illustre au travers des œuvres de Falaki. Le réalisme parfois exacerbé est renforcé par ces visages hilares, mais il peut s'interpréter selon bien des registres: associé à la plaisanterie, au jeu, il est alors simple et spontané, mais il peut être ironique ou provocateur, mécanique (chez le fou ou le simple d'esprit) ou encore dernier refuge d'un espoir dans un monde de misère. Ces déclinaisons semblent infinies. Bien des aspects sont à découvrir à travers de la peintre" falakienne". Son fidèle ami, feu Joseph Conzalez, artiste-peintre de renommée, a affirmé à Aix-en-Provence en 1995:" On peut s'interroger après une contemplation sur la nature de l'intérêt que Falaki porte à son œuvre: un attrait visuel pour les beaux morceaux de peinture, une source de divertissements qui justifie ce rire permanent, ce regard qui en dit long ou plutôt cette image précise de la société".

Falaki a aussi réalisé et continue à réaliser un cycle de peintures de natures mortes, indépendantes, conçues sans personnage. Ce goût se retrouve dans de multiples compositions de scènes de genre, où l'agencement des objets placés au premier plan lui permet d'évoquer la perspective et invite le spectateur à entrer, ou à participer à la scène. Mais plus que les thèmes abordés, c'est la manière de les traiter qui fait l'originalité de l'œuvre de Falaki. La modestie, la pauvreté des acteurs, bien apparentes, ne sont jamais exploitées, bien au contraire. Ces personnages hilares, nous interpellent par la fixité de leur regard, par leur taille grandeur nature, par la proximité de la scène vis-à-vis du spectateur. Le rire, omniprésent, est caractéristique de son œuvre mais il se décline selon bien des registres: associé à la plaisanterie, au jeu, il est alors simple et spontané, mais il peut être ironique, caricatural, provocateur, ou mécanique chez le fou ou le simple d'esprit, ou encore le dernier refuge dans un monde de misère, les déclinaisons semblent infinies. Ses peintures sont le reflet d'un monde sonore où l'ouïe est sollicitée: la musique, le chant, les cris, les bruits de la rue, du marché, des moussems. Mais les autres sens sont aussi présents: le toucher par l'exercice des instruments de musique ou les activités manuelles, l'odorat par les natures mortes ou les étalages de gibiers et de poissons, le goût par les gâteaux et les verres de thé à la menthe, et bien sûr la vue, à travers les beaux yeux et ce regard fixe qui nous interpelle. Falaki, adepte de la beauté magique, peint donc les sensations fortes de la vie: amour et volupté, tendresse, souffrance et solitude. Son regard sait aussi remonter aux origines de l'être, dans les volumes concentriques où l'homme se fait matrice pour renaître à lui-même. Dans ses œuvres, il transparaît l'empreinte de la beauté magique dont il est un adepte. Car Falaki ne peut peindre sans unir sa peinture à cette nature si bienveillante qui l'a conquis. Il peint la vie et ses émotions, ces femmes seules qui nous semblent timides et qui paraissent attendre un évènement improbable. C'est cette force qui fait de Falaki un peintre hors du commun. Ces toiles sont comme des livres ouverts sur les émotions des hommes. Il semble lire dans notre histoire et arrive à nous émouvoir. Chacun de ses tableaux fait appel à un passé idéal ou réel qui ouvre une brèche longtemps ignorée. Et même la nuit, chez Falaki, est quelques fois présente, nuit qui essaie d'être rassurante, mais qui ne fait que ressortir la fragilité de ses héros et leur solitude. C'est pourquoi souvent le public a l'impression qu'il est interpellé par un des personnages de Falaki qui l'invite à participer à la scène qui se déroule devant lui.

L'universalité de son ART

Pour conclure, disons que la technique de Falaki se peaufine et son rayonnement se poursuit et prend de l'expansion. Une multitude de ses œuvres a trouvé preneur auprès de clients et fournisseurs de différents pays. Cette réalité montre, hors de tout doute, l'engouement d'une clientèle grandissante ainsi que l'universalité de son ART. Car, sa lumière et ses couleurs transposées sur ses toiles créent une ambiance de douceur, de paix et de sérénité. Il n'est donc pas surprenant que son style unique doublé d'une vision artistique personnelle aient fait l'unanimité et aient propulsé Falaki à exposer ses œuvres au Maroc et hors de notre pays dans les plus prestigieuses Galeries d'Art d’Europe. Falaki compte à son actif plusieurs expositions en solo et collectives (Casablanca, El Jadida, Marrakech, Rabat, Tanger, Sète, Aix-en-Provence, Marseille, Rotherdham…). On peut donc dire que Falaki est adepte de l'essence de la vie quotidienne.