Café : Blanchiment d’argent ou investissement ?

Écrit par : Hadj Abdelmajid Nejdi et Elmostafa Lekhiar

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

El Jadida est en plein essor et résolument énigmatique. Quand il s'agit de ses cafés de luxe, El Jadida n'est pas en reste et fait presque de l'ombre à Casa, Marrakech ou Agadir.  Elle regorge d'une multitude de cafés qui sortent de l’ordinaire qui ont nécessité un investissement de plusieurs millions de dirhams. Nous avons évoqué ce sujet bien avant le crime abominable de « la Crème » de Marrakech. Pourtant, à El Jadida, par exemple, certains propriétaires des cafés de luxe, qui étaient simples ouvriers dans les années 80, sont aujourd’hui parmi les gros bonnets de la société. Ces cafés sont-ils exploités comme moyens de blanchiment d’argent ou sont-ils un investissement légal?

Plus de 500 cafés à travers la ville

Blanchiment d’argent ou investissement… ? En tout cas les cafés poussent comme des champignons dans des différents quartiers et avenues de la ville. Plus de 500 cafés à travers la ville. Dans certains boulevards, on peut trouver 10 à 12 cafés l’un à coté de l’autre.

Si on demandait à un citoyen du genre petit affairiste : «  Quel type de projet as-tu en tête ? », il vous répondrait automatiquement et en premier lieu «  un café » c’est mon rêve.

-Mais savez-vous que le bled, « la ville » est noyée de cafés ?

-Et alors, je ferai quelque chose de plus confortable et de plus grand, voir quatre ou cinq salles et véranda, voir une terrasse ! »

5 millions à 10 millions de DH

Pourquoi sommes-nous orientés vers des projets futiles et nuisibles pour la ville et pour la société ? N’y a-t-il pas une réglementation, au niveau des institutions étatiques, en vue d’arrêter ce massacre et de mettre fin à la dénaturation du paysage en générale. Déjà des villas, des magasins, des ateliers sont transformés en «  cafés ».

Combien ça coûte, pour monter un projet pareil ? Jugez et ne soyer pas choqués, car la fourchette varie entre 5 millions à 10 millions de nos dirhams. A qui revient la part du lion suite à ses projets infaillibles ?

Sûrement pas au citoyen jdidi, ni même à l’état. Des gens à l’étranger se frottent les mains de voir tomber des fortunes dans leurs caisses, 90 % des accessoires du «  café » sont achetés à l’étranger à coup devises, y compris la machine principale qui coûte une fortune.

L’hémorragie ne s’arrête pas là, car il faut importer le café en grain, le cacao, le sucre, le thé, le tabac, au prix fort et en grande quantité.

À quoi sert un «  café » ?

À quoi sert un «  café » et dans quel secteur économique est-il classé ? Vous me direz que le «  café » est fait pour inciter à la consommation, mais est- ce vraiment un besoin vital pour le Marocain ? Ce besoin futile est un mélange de plaisir tordu et de passe-temps pour les paresseux, une sorte de refuge pour les blasés et les déçus de la société. On y pour «  pomper une chicha », fumer plus de cigarettes et siroter un jus de chaussette partagé entre les mouches et les clients.

On pourra vous objecter que le «  café » est une source d’embauche pour les jeunes, et quel travail que de ramasser les mégots ! Ce salarié finira par abandonner ce job insignifiant et mal payé, sans sécurité sociale, sans avenir. Quelle est la position des responsables par rapport au demandeur de «  projets-café ? » Ils peuvent même bénéficier d’un prêt bancaire très avantageux. Ces lieux mystiques finissent par être des gargotes insalubres ou règnent un brouhaha permanent et une fumée stagnante, source d’infections et de maladies.

À combien s’élèvent les frais de fonctionnement d’un café ? C’est énorme et il faut régulariser en devises, pour gagner quoi à la fin. Absolument rien, sauf cette image médiocre des personnes inactives et nonchalantes.

Atmosphère toxique

Le touriste n’ose ni entrer ni consommer, par méfiance et par crainte. Notre ville (El Jadida et sa région) se transforme en agglomérations cernées par des cafés, même dans les quartiers résidentiels, à la campagne, sur les terrasses, en sous-sol, dans les jardins au bord des routes.

Le danger est là, toute cette jeunesse alléchée par l’arôme et attirée comme des mouches, ne compte plus le temps perdu et se laisse bercer par cette atmosphère toxique, cherchant à fuir la responsabilité et le devoir de tout citoyen conscient.

Actuellement, on satisfait les caprices d’un footballeur ou un R.M.E. par une autorisation de monter son «  café » et l’argent coule à flots.

À quand une législation limitant le nombre croissant des « cafés » qui saignent notre économie régionale et tuent à petit feu notre jeunesse et notre capacité de faire autre chose.

Mafieux pressés de s’enrichir

Marrakech a vécu l’horreur jeudi 2 novembre 2017 au soir. Ce pourrait être le scénario d’un film à succès. Mais il faut se détromper. On est loin d’une fiction. Les faits se sont déroulés réellement à Marrakech. Tout le monde en parle. Une fusillade a eu lieu dans un café du quartier Hivernage, faisant un mort et deux blessés.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le jeune froidement abattu, un étudiant en médecine de 26 ans, n’était pas la « cible » des tueurs à gage. Hamza Chaïb se trouvait donc au mauvais endroit et au mauvais moment. En effet, c’est le propriétaire du café (Maroco-néerlandais) que voulaient éliminer les auteurs du crime. On évoque la piste d’un règlement de comptes sur fond de blanchissement d’argent et de trafic international de drogue.

C’est l’histoire-type de certaines mafieux pressés de s’enrichir, y compris en s’impliquant dans tous les coups fourrés.

Ainsi, dans ce monde où l’argent est devenu le seul repère social pour beaucoup, la fin justifie les moyens. Et nous voilà dans une société déstructurée, avec des mafiosos obsédés par l’appât du gain facile. Spécialistes de la courte échelle, ils sont prêts à s’allier avec le diable pour « réussir » dans la vie.

Ces mafiosos introduisent de l’argent d’origine criminelle dans l’économie légale tout en protégeant sa source. Ces sources pourraient être le trafic de drogue. Ces gains mal acquis grâce au blanchiment de capitaux en les réinjectant dans les circuits économiques légaux où ils risquent moins d’attirer l’attention. Ainsi, l’argent sale est investi dans l’immobilier, les cafés et boîtes de nuit, les objets d’art, les articles de luxe ....

C’est un cercle infernal que seule l’application stricte de la loi contre le blanchiment peut casser. Une lutte efficace contre le blanchiment de capitaux aboutirait à un véritable assainissement des institutions et de l’économie nationale. Les lois et les outils nécessaires à la lutte contre l’argent sale sont disponibles. Il faut maintenant une vision, une stratégie et leur mise en œuvre.