La province d’El Jadida et son chef -lieu

subissent une véritable saignée face

au béton qui les envahit à un rythme effréné

Écrit par : Elmostafa Lekhiar et Hadj Abdelmajid Nejdi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Celui qui a connu El Jadida dans les années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, se rappelle non sans nostalgie, de ses terres arables, mais surtout de ses champs de blé qui s'étendaient à perte de vue sur des centaines d'hectares lui offrant un cachet particulier où se mélangeaient avec harmonie la couleur d'une terre généreuse et le vert d'une végétation aussi riche que variée. Aujourd'hui, c'est un spectacle de désolation qui dépayse le regard sans impressionner l'esprit.

Un tableau dont la toile de fond n'est autre qu'un alignement sans fin de constructions, le plus souvent anarchiques, désormais ces terres agricoles ont été remplacées par des masses difformes de béton armé. Aujourd’hui encore, sous prétexte de finalisation du plan d aménagement d’El Jadida, des particuliers se sont emparés des milliers d'hectares et veulent les détourner de leur vocation agricole pour qu’ils subissent l'assaut irrémédiable du béton, de la spéculation foncière et des lotissements qui fleurissent comme autant de champignons vénéneux.

Pour une province comme celle d’El Jadida à la superficie agricole limitée et où les terres les plus fertiles et les mieux arrosées se trouvent dans sa partie sud de la province, toute parcelle de terrain susceptible de produire doit en toute logique être protégée car il y va de la nourriture des citoyens et de leur indépendance alimentaire.

Mais, force est de constater que les terres agricoles connaissent depuis des années un assaut sans précédent du béton qui gagne du terrain en dépit des lois interdisant les constructions à usage commercial ou d'habitation.

Des dizaines de milliers d'hectares des terres les plus riches ont disparu pour voir naître des résidences et des cités.

Dès qu'il y a un tracé routier, c'est le béton qui déferle des deux côtés de ce tracé. Le plus souvent c'est dans l'anarchie que cela se passe d'autant plus qu'il y a une démission totale ou presque des services administratifs chargés de l'application de la réglementation en vigueur et qui interdit expressément le changement de vocation de ces terres à moins d'un déclassement légal et qui doit se faire selon des conditions qui ne souffrent d’aucune anomalie de quelque genre que ce soit.

On laisse faire !

Les environs de la ville d’El Jadida, jadis terres de maraîchage, de potagers et de vergers, ont au fur et à mesure changé de vocation pour devenir des cités où s'entassent des centaines de milliers d'habitants. Il n'y a rien d'anormal au vu de l'évolution démographique qu'avait connue la province durant les deux décennies, et aussi à l'urbanisation d'une grande partie du monde rural. La vie des habitants a bien changé et il faut bien que l'on s'adapte avec le nouveau mode de vie dont la sédentarisation est le côté le plus marquant. Mais ce qui ne l'est pas c'est cet envahissement dont sont victimes les terres assez éloignées de la ville et qui se trouvent à près de quatre à dix kilomètre à la ronde (route de Marrakech, Ouled Hamdane, Haouzia, Mornaguia, Ouled Hcine, Mogress. Moulay Abdellah, etc…).

Envahissement qui n'obéit à aucune réglementation. La route principale menant à la zone industrielle est devenue le centre d'activité principal sur ses deux côtés où sont venus se greffer des ateliers de ferraille, des commerces, des habitations, et même une cité anarchique est née! Tout cela s'est fait au détriment de centaines d'hectares de terre destinées aux cultures maraîchères et à la céréaliculture.

L'autre exemple, et dont les conséquences sont encore plus catastrophiques, touche au Sud d’El Jadida. Là c'est le grand capital qui détruit tout. On achète les terrains à tour de bras et aux prix forts. À Haouzia, région agricole par excellence, les terres sont vendues à tel ou tel particulier pour y bâtir sa résidence secondaire. Cela devient un lieu de villégiature après avoir été une zone agricole de premier plan où on pratiquait des cultures variées. Ouled Hcine et Moulay Abdellah ne sont pas non plus épargnées, les résidences clôturées, et dont on ne voit rien de l'extérieur, sont dotées de piscines, d'aires gazonnées. Tout cela aux dépens d'une agriculture moribonde dans ces contrées jadis citées en exemple. Par ailleurs, l'environnement est de nos jours l'un des plus pollués, avec les odeurs dégagées par les unités d'élevage avicole qu'on retrouve parsemées ça et là, sans compter les ateliers de tous genres. Quant aux environs de la gare ferroviaire d’El Jadida, n'en parlons pas, tellement il ne reste plus rien de ce que fut cette zone à vocation purement agricole.

Le constat est identique dans les autres communes de la province où il y a peut-être pire que cela : des grandes terres ont vu naître en leurs seins des douars anarchiques où habitent des centaines de familles, avec tout ce que cela engendre comme nuisance et dégâts pour l'activité agricole sans oublier la débauche et la déliquescence. Les exploitants ont beau se plaindre, mais le populisme des gens responsables, ceux d'hier comme ceux d'aujourd'hui, prime sur l'intérêt général et fait que l'on peut piétiner tout, pourvu qu'on soit applaudi!

Cette situation, et au rythme où vont les choses, comporte des risques certains pour l'avenir agricole de la province par là sur son autosuffisance alimentaire qui souffre déjà du déficit chronique en céréales.

Il est grand temps que l'on cesse de faire comme si de rien n'était, du côté des responsables locaux (autorités, élus et les services concernés) qui doivent prendre leur courage à deux mains et sévir face au désordre qui règne partout pour faire respecter la loi et mettre fin à toute forme d'incivisme.