Que reste-t-il de l’ancestrale Mazagan

dans la mémoire des Jdidis ?

Écrit par : Elmostafa Lekhiar et Hadj Abdelmajid Nejdi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La plage d’El Jadida était une destination prisée de tout estivant cherchant une belle plage avec toutes les infrastructures nécessaires à un séjour en toute quiétude et tranquillité. Chaque année, les estivants, de tous les horizons, affluaient en quête de fraîcheur naturelle. Ils étaient séduits par l’état impeccable des cabines de cette magnifique plage, de son irréprochable propreté, de la disponibilité des douches et des robinets extérieurs ainsi que les WC pour hommes et pour femmes. Mais, dernièrement, des centaines de millions ont été engloutis pour murer les cabines avec une imposante clôture. Un investissement qui n'est pas du goût des Jdidis. Ce " clos " veut dire encerclé, embastillé tout un pan d’histoire de la ville et de ses estivants.

Un lieu de mémoire de la ville d’El Jadida vient d’être « gommé » par le conseil municipal. Les cabines de la plage, fort prisées par les estivants, ont été murées. Ainsi, pour vous dégourdir un peu les jambes, en marchant le long de cette plage, vous allez constater avec désolation et amertume, un état de lieu qui va vraiment vous offusquez. Vous butez sur un mur laid, impersonnel, qui s’érige hideux à vous interdire la vue des magnifiques cabines. Qui défigure la beauté des lieux, vous isole, vous met en sous citoyen vulgaire à vouloir accéder à l’espace mémorial qui vous appartient et que de « nouveaux colons » bien friqués vous confisquent.

Les Soviétiques l’ont fait contre les Allemands de l'Ouest. Les sionistes l’ont fait contre les Palestiniens. Donald Trump l’a fait contre les Mexicains. Le conseil municipal d’El Jadida l’a fait sans aucune gêne contre les Jdidis. Des élus contre les habitants. Ce mur de la honte vous empêche de vous ressourcer, de retrouver la senteur de la belle époque, de vous emporter dans la nostalgie des charmes d'antan. Ce mur de la honte vous barre la route d’accéder à vos souvenirs, non pas par des pneus usés qui brûlent, mais d’une construction en béton qui limite vos horizons, arrête net votre rêve, vous insulte et vous prive de votre histoire, de votre identité, de votre air pur de mémoire. N’était-il pas judicieux d’affecter le budget de la construction de ce mur de la honte à la réhabilitation et réaménagement des cabines pour renflouer les caisses de la ville? 

 

Ces cabines, témoins avec force non seulement de l’importance du patrimoine architectural, mais aussi du savoir-vivre exceptionnel de la belle époque où le Deauville Marocain avait les allures de station de prestige, de la constance de sa philosophie et de son environnement paisible et intime. Finis donc la splendeur d’autrefois et place à la décadence, la défiguration. Par conséquent, la ville périt dans l’ombre en étant sacrifiée sur l’autel du profit et de la médiocrité. Car elle est livrée sur un plateau d’or  aux saccageurs et aux magouilleurs qui sont en train de dénaturer son image et tout son héritage du passé. Que sera la station balnéaire de Deauville du département du Calvados, en Normandie, France, sans ses célèbres cabines de plage ? Pures vitrines de Deauville France, les 450 cabines de plage, qui sont construites en 1923 et dont la majorité est réservée pour une location annuelle, sont des éléments primordiaux pour la renommée de la ville qui est devenue largement convoitée. Car la commune s’investit corps et âme pour protéger intelligemment les lieux de mémoire de la ville.

Arrêtons de déposséder la ville de ses plus beaux sites

À El Jadida, les lieux de mémoires sont démolis pour être remplacés par des immeubles rabougris et affreux de telle façon qu’El Jadida a perdu sa beauté fabuleuse, sa  splendeur, son charme du fait d'un urbanisme devenu anarchique. Ainsi, elle a dépéri dans l’indifférence et sous le silence complice des élus et des responsables. Que reste-t-il de l’ancestrale Mazagan dans la mémoire des Jdidis ? Qu’aurons-nous laissé à nos enfants ? Ces richesses historiques ne sont-elles pas le reflet de notre passé ? Perdre le patrimoine n’est-il pas aussi une perte de nous-mêmes ? Ne doit-pas assurer une évolution harmonieuse et réfléchie du patrimoine bâti et architectural, non seulement à sa protection, mais également à ce qui participe à sa vitalité économique, environnementale et sociale ?

Arrêtons donc de déposséder la ville de ses plus beaux sites pour les livrer à  la spéculation de quelques puissants promoteurs immobiliers. On ne comprend pas pourquoi El Jadida avec tout son passé élogieux et ses énormes potentialités brade ses richesses patrimoniales au profit de nouvelles vagues de personnes dénuées de tout raffinement et de toute créativité. Dans ce contexte, dans un message adressé aux participants à la deuxième édition du Forum ministériel arabe sur le logement et le développement urbain organisé le jeudi 21/12/17 à Rabat, S.M. Le Roi Mohammed VI a souligné : « il convient d’asseoir les bases d’un urbanisme qui tienne compte des identités et des spécificités locales ».

Il est du devoir de tout citoyen de s’élever contre ce crime perpétré à l’encontre du patrimoine historique de la ville et de dénoncer toutes les incompétences, les malversations et les visions courtes qui sont à l’origine de cet acte barbare.

À quand les édiles et les responsables s’extirperont de leur torpeur  pour redonner vie aux édifices qui constituent une vraie richesse.

La ville d’El Jadida se meurt sous l’effet de l’anarchie totale et se ruralise à cause de la mauvaise gestion et gouvernance  de la ville. Ainsi, la ville plonge dans la déliquescence  et se rapproche plus d’un assemblage de douars.

Dommage qu’ils ne fasse plus bon à vivre dans ce grand fief des grands vivants et à la vie belle avec la senteur des algues du grand bleu ! Les responsables, les élus et les administrateurs sont pleinement responsables de cet état de fait décadent et humiliant à la fois.

La plage d’El Jadida d’antan

La plage d’El Jadida est un petit paradis qui se présente comme un large cordon de sable fin. Et ce n’est pas un hasard si la baie de l’ancienne Mazagan avait autrefois fasciné les navigateurs portugais, pour devenir par la suite le «Deauville marocain».

Tous les Jdidis natifs des années quarante, cinquante et même soixante, se rappellent bien de l’état impeccable des cabines de cette magnifique plage. , de son irréprochable propreté, de la disponibilité des douches et des robinets extérieurs ainsi que les WC pour hommes et pour femmes et d’un terrain spécialement aménagé pour le volley-ball et le basket-ball. La maintenance de ces cabines, étaient soigneusement assurées par un personnel qui faisait toujours preuve d’abnégation, dépendant d’une municipalité du moment dirigée par des gens très sérieux, pleins de bonne volonté.