Que les spécificités de l’identité culturelle Doukkalie restent intactes et sauvegardées dans la mémoire collective

Écrit par : Hadj Abdelmajid Nejdi et Elmostafa Lekhiar

L’identité d’une société se traduit par plusieurs composantes, qui sont des caractéristiques communes à cette société et qui le différencient en même temps des autres habitants de la terre. Parmi ces composantes, certaines déterminent l’identité culturelle, comme la langue, la religion, le mode d’alimentation, d’habitation et l’architecture.

L’identité culturelle et ses composantes sont le résultat d’un long processus historique. C’est la somme de ce que les différentes civilisations qui sont passées par une région ont laissé comme habitudes, croyances et modes de vie. Même si elles sont en constante mutation, surtout en raison du récent contexte de mondialisation, certaines spécificités de l’identité culturelle restent intactes et sauvegardées dans la mémoire collective.

Dans les Doukkala, région dont la riche histoire lui a valu l’appellation de carrefour de civilisations, les recherches historiques et archéologiques permettent d’avoir une idée claire sur ce que les Doukkalis étaient et, par conséquent, sur ce qu’ils sont. Préparer le terrain à ce qu’ils vont devenir demeure tout aussi important. Cela passe par une prise de conscience de l’importance des composantes de l’histoire des Doukkala et de l’identité Doukkalie, dont l’architecture est une trace visible, un signe ostentatoire.

La médina d’Azemmour est la plus magnifique forme architecturale qui a pu traverser les siècles pour être témoin de l’histoire. Elle est encore peuplée et a plus ou moins gardé son visage d’antan. Quant à El Jadida, son style mauresque côtoie le style colonial et l’architecture contemporaine. Mais, les deux coquettes médinas en ont vu de toutes les couleurs : des intempéries à la négligence, voire dans certains cas l’abandon, de la part de ses habitants, des vautours et aussi d’élus qui ne pensent qu’à leur propre intérêt.

Depuis quelques années, l’éveil à l’égard de l’importance du patrimoine Doukkali comme composante identitaire s’est traduit par des projets de réaménagement et de restauration, pour en faire non seulement un lieu d’habitation historique, mais aussi une attraction culturelle et touristique. 

Les Fauconniers Lekouassems Ouled Frej dans le top mondial

Partout dans les Doukkala sont apparues des structures qui œuvrent dans ce sens, dont notamment l’Association  des Fauconniers Lekouassems Ouled Frej présidée par le dynamique Mohammed El Ghazouani, qui, grâce à son savoir-faire, a fait resurgir des oubliettes l'art de la fauconnerie tout en honorant la culture et la tradition Doukkalies dans plusieurs manifestations nationales et internationales. Ainsi, grâce à sa persévérance, seule, au Maroc, l’ancienne tribu des Chorfas Lekouassems (douar Smaâla- Ouled Frej) cultive cet art chevaleresque de la fauconnerie avec une grande classe et maîtrise. D’ailleurs l’objectif premier du grand maitre fauconnier, Mohammed El Ghazouani, président de l’Association des Fauconniers Lekouassems d’Ouled Frej est de perpétuer cette tradition de père en fils. Ce dernier s’est démené avec beaucoup d’abnégation pour que les fauconniers Lekouassems d’Ouled Frej aient leur festival pour honorer  en quelque sorte leurs aïeuls qui leur ont légué cet art si noble et que la fauconnerie marocaine soit parmi les meilleures du monde.

Une association pour la sauvegarde du Patrimoine : AME2P

Parmi les associations pour la sauvegarde du Patrimoine les plus actives figure celle de Mazagan- El Jadida Pour L e Patrimoine. Même si elle est relativement jeune (Août 2014) par rapport aux autres associations, qui ont été pour la plus part créées dans les années 90, l’Association  Mazagan- El Jadida Pour L e Patrimoine n’en est pas moins rayonnante. Ses objectifs sont de participer autant à l’animation de la ville d’El Jadida qu’à sa sauvegarde et à la protection de ses spécificités.

Pour ce faire, son activité touche à plusieurs aspects, incluant la création, la mise à jour et la numérisation de fonds documentaires sur la médina d’El Jadida, jusqu'à la collaboration avec les autres bonnes volontés, en passant par l’organisation d’événements culturels. Un volet important de l’activité de cette association renvoie à l’organisation de la première édition « Mazagan Mémoire », sous le thème «  Mazagan- El Jadida : Témoignages partagés… »  qui aura lieu le vendredi 09 Février 2018, à 18 H au Théâtre de la Cité Portugaise d’El Jadida. Sans oublier sa grande contribution de mettre en évidence  les différents sites historiques des Doukkala, qu’ils soient d’origine berbère, préhistorique, portugaise, arabo-musulmane, moderne ou contemporaine.

Évidemment, le cheval de bataille de cette jeune association est de  conférer à la médina d’El Jadida/Mazagan la place qu’elle mérite dans le paysage culturel de la ville, il est normal d’œuvrer à la faire connaître et de mettre en avant ses spécificités. L’équipe de l’Association  Mazagan- El Jadida Pour L e Patrimoine, présidée par Hadj El Mostafa Lakhnimi,  épaulé par Khalid Essfini, Jilali Derif et d’autres membres, organise différentes activités dans ce but. En plus des expositions datant de plusieurs époques, l’Association  Mazagan- El Jadida Pour L e Patrimoine organise couramment des conférences et des rencontres sur des thèmes en liaison avec l’histoire de la ville et ses figures historiques. L’association est également très active sur Internet. Elle se fait aussi connaître via le réseau social facebook où, en plus d’un groupe qui lui est dédié, M. Khalid Essfini, chargé de la documentation et des relations extérieures de l’association, crée des groupes sur des thèmes très variés, agrémentés par des photos et des vidéos de la vie culturelle de la ville.

L’activité et la vocation de l’Association  Mazagan- El Jadida Pour L e Patrimoine viennent prouver que le passé, le présent et l’avenir sont une longue suite qui digère mal les coupures et les interruptions. Elles prouvent surtout qu’il y a encore beaucoup à faire pour que la médina redevienne ce qu’elle était. Parce qu’on récolte ce qu’on sème, il faut sauvegarder la Médina El Jadida/Mazagan, c’est l’un des repères de notre identité ! S’il a fallu, pour voir naître une prise de conscience collective, que l’on se sente menacé dans cette identité à cause de phénomènes comme la mondialisation et la modernisation agressives, c’est peut-être tant mieux. En même temps, il faut développer une sorte d’immunité culturelle avant coup, susceptible de nous faire avancer dans la modernité, sans laisser s’effacer nos spécificités identitaires. À bons entendeurs !