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Catégorie : National
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Benkirane s'explique devant les téléspectateurs marocains

Le Chef du gouvernement Abelilah Benkirane s’est expliqué sur son actualité politique dimanche soir devant les téléspectateurs marocains dans une intervention télévisée d’une heure et demi. Une intervention faite de populisme, d’humour, d’émotion et de nervosité.

Plutôt sûr de lui au début de son interview, il a discouru comme il sait si bien le faire pour expliquer le remaniement et ses répercussions économiques, politiques et sociales.

Ainsi, depuis que l’Istiqlal s’est désengagé de son gouvernement, il lui fallait trouver une solution.      Il a préféré un remaniement à de nouvelles élections législatives. Sur les raisons qui l’ont poussé à accepter de s’allier avec un parti honni par sa famille politique, il nous révèle que les relations ont toujours été courtoises mais froides avec le RNI.

«C’est le propre de la politique, nous avons eu des mots durs entre nous mais c’est naturel».   Si on suit le fil de sa pensée, on peut comprendre queles diatribes n’engagent que ceux qui y croient.

«La liste gouvernementale de A à Z, c’est moi», soit mais alors pourquoi accepter des technocrates? «Vous voulez parler de M. Elalamy, nous avions besoin d’un praticien du monde des affaires, quant à M. Belmokhtar c’est un professionnel… ».

«La nomination de M. Hassad quant à elle est un gage d’impartialité car la cause de sa nomination est simplement la proximité des élections».

Il compare son équipe gouvernementale à une équipe de football et affirme qu’il n’y a aucun mal à importer un joueur étranger. «Mes propos sont vrais à 100%...».

«Nous ne sommes pas en cohabitation comme la France a pu l’être…, j’assume mes responsabilités et mes choix».

Il parle tellement qu’un journaliste lui demande de laisser les 5 journalistes présents poser des questions pour que sa prestation ne devienne pas un discours. Pincé, il rétorque du tac au tac : «est ce que vous voulez savoir si le roi m’a imposé des noms»?

La preuve que non serait qu’avant même d’être nommé à la tête de son premier gouvernement,  il a de sa propre initiative appelé M. Akhannouch pour lui demander de devenir son ministre de l’agriculture.

Concernant M. Othmani, il prétend que son départ était une décision douloureuse mais que le ministre des AE a fait son devoir en faisant passer l’intérêt général avant le sien : «Ce dernier n’a pas démérité ». 

Il est cocasse d’entendre celui qui a été le pourfendeur des Marocains francophones parsemer ses réponses fleuves d’expression en français : « M. Othmani se repose chez lui et il rebondira». M. Boulif lui n’a pas été dégradé de ministre plein à ministre délégué car il va désormais épauler son collègue A.Rebbah en le déchargeant du dossier des accidents de la route comme l’a fait la France avec succès.

«M. El Ouafa, lui, est un homme aux compétences formidables» et contrairement au roi qui a dans son discours du 20 février délivré une volée de bois vert au bilan de l’Education Nationale, M. Benkirane considère que «son travail a été très bon au sein du ministère qu’il occupait». Pourquoi alors se priver d’un tel expert ?

Aux accusations de Chabat relatives à l’appauvrissement du peuple avec des hausses de prix, il répond qu’il a grandi avec les pauvres et qu’il les aime. «Grâce à Dieu, la marche de Chabat a été un échec car si je suis pour le droit de manifester, il ne faut pas mentir au peuple».

 

Chabat qui l’accuse des pires ignominies lui a finalement rendu service en se retirant du gouvernement. On comprend que désormais, la place de pire ennemi  laissée vacante par le RNI a trouvé un nouveau locataire.

 

Je jure que… Je ne vous mens pas…

L’indexation des prix du pétrole était nécessaire car le budget de l’Etat est en danger, et le pouvoir d’achat des citoyens n’a pas été appauvri ou si peu. Il illustre son propos par un «Je jure que si je pouvais faire baisser les prix, je le ferai mais les Marocains doivent faire des efforts.» L’important n’est pas la probable future hausse du prix du pain mais le fait  que les Marocains trouvent du pain dans les étals de boulangerie et des bus pour les transporter.

Au journaliste qui lui demande pourquoi 39 ministres (au lieu de 31), sa première réponse est sèche: «Vous les journalistes, vous jugez toujours en présentant cela comme un échec». Il explique doctement qu’il a décidé de découper certains ministères pour plus d’efficacité non sans illustrer d’un « je ne vous mens pas… »

Pour faire bonne mesure, il ajoute : « Pour le PJD, nous n’avons aucun nouveau ministère car on n’est pas à l’épicerie… ». Par souci de parité pour laquelle il avait été tellement décrié, il a cette fois  résolu le problème en étoffant son gouvernement de 5 femmes supplémentaires. Pour ceux qui prétendent que 39 ministres, cela coûte plus cher à l’Etat, il ironise en avançant un coût de 0,5 %  du budget de l’Etat sur 5 années.

Un journaliste ose un « Où sont les résultats de votre action ? ». Piqué au vif, M. Benkirane lui répond d’un ton hargneux et le doigt pointé contre sa personne :  « Le parlement a le droit de me poser cette question mais pas vous car vous ne représentez rien, des millions de marocains sont derrière moi…».

Qu’importe, « les Marocains ne sont pas des ingrats car nous avons revalorisé les pensions des retraites et les bourses d’étudiants … et le plus important est que les résultats sont là car mon rôle est d’assurer la bonne marche du gouvernement ».

Ainsi, l’intérêt supérieur de la nation serait son seul souci et sa responsabilité d’Homme d’Etat devant les Marocains priment sur toutes les autres considérations journalistiques. Plutôt que de convoquer à nouveau les électeurs devant les urnes à une échéance indéfinie et de laisser son pays sans pilote, notre Chef du gouvernement a donc préféré se dévouer en acceptant de composer, quitte à s’attirer les foudres de son parti et l’incompréhension de nombre de marocains.

Face à ses interlocuteurs journalistes, M. Benkirane a eu tout de même un peu de mal à faire avaler ses couleuvres car malgré les apparences, l’ambiance était électrique.

Tribun hors pair, il est indéniable que le son franc-parler imagé est populaire chez certains mais le masque commence à tomber.

Populiste serait plus juste comme qualificatif car s’il sait flatter les foules pour s’attirer leurs faveurs électorales, la démagogie ne fait pas long feu en général. M. Benkirane a été péremptoire et souvent agacé par les questions et il a d’ailleurs conclu sa prestation d’un « je vous remercie et m’excuse si je vous ai maltraité ». 

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=kyYT2Bj0gO4